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L’Institut Littéraire de Maisons-Laffitte et sa politique de traduction

Maryla LAURENT

Résumé : Avec très peu de moyens, l’exilé polonais Jerzy Giedroyc publie cinquante traductions. Œuvres littéraires, essais ou témoignages, elles instaurent un échange entre l’ « Autre Europe » que le régime communiste s’emploie à isoler et l’Occident. Ainsi par exemple, les écrits des intellectuels russes Youri Daniel et Andreï Siniavski, traduits en polonais par l’Institut Littéraire, puis dans toutes les langues du monde, contribueront à l’effondrement de l’empire soviétique.

Mots-clefs : Le polonais langue relai ; Kultura ; Giedroyc ; opposition politique ; force de l’esprit

The Literary Institute of Maisons-Laffitte and its policy of translation

Abstract: With very few means, the Polish exile Jerzy Giedroyc publishes 50 translations. Fictions, essays or testimonies establish an exchange between the “Other Europe" that the communist regime strives to isolate, and the West. The papers of the Russians Youri Daniel and Andreï Siniavski, first translated into Polish by Instytut Literacki then in all the languages of the world, contributed to the collapse of the Soviet empire.

Key words: Polish as relay language; Kultura; Giedroyc; political opposition; strength of mind.

 

Nous interroger sur la résonnance des traductions revient à poser la question fondamentale de l’utilité des traductions, mais aussi de ce qui est indispensable pour qu’elles aient un impact sur les hommes, les sociétés, le cours de la vie, tant politique et sociale que personnelle. Nous avons déjà envisagé des réponses. Elles signalaient l’importance de la langue cible appelée à devenir parfois langue relai, du chiffre des tirages, de la qualité du texte d’arrivée ou de ses répercussions dans la grande presse. Un témoignage, appartenant désormais au passé, mérite d’être évoqué tant il semble contradictoire avec l’idée que nous pourrions avoir de la nécessité de moyens considérables, d’un grand éditeur, d’un lancement très médiatique, etc. pour une vraie présence d’un texte dans le monde. Nous le trouvons dans les Archives de l’Institut Littéraire, inscrites au Registre Mémoire du monde de l’UNESCO en juillet 2011. D’emblée, la disproportion entre la modestie de l’équipe éditoriale qui travailla à Maisons-Laffitte de 1948 à 2000, et l’ampleur de l’œuvre accomplie est impressionnante. D’une part, il n’y a qu’un homme, Jerzy Giedroyc (1906-2000), qui a une vision très claire de l’action qu’il conçoit et développe. Il s’entoure de quelques collaborateurs dévoués et sait faire appel à des contributeurs, parfois lointains, avec lesquels il est en dialogue (Laurent, 2011 : 54-60). D’autre part, il y a un écho politique et culturel puissant qui va s’amplifiant.

 

1. Une équipe restreinte

Giedroyc avait une grande expérience du travail éditorial. à l’Institut Littéraire, il prit sur lui la charge de directeur et de rédacteur en chef, écrivit rarement dans la revue mais mena une correspondance de ministre. Il sortit très peu de la villa située au 91, avenue de Poissy à Le Mesnil-le-Roi, mais s’entoura de collaborateurs efficaces (Giedroyc, 1994 : 215). Son cercle permanent et fidèle le plus étroit était composé de Zofia Hertz (1910-2003) et de son époux Zygmunt Hertz (1908-1979). Giedroyc dira d’eux : Zofia et Zygmunt Hertz ont joué un rôle majeur dans l’histoire de Kultura. Ils étaient au courant de tout, y compris des questions qui exigeaient une discrétion absolue (Giedroyc, 1994 : 200). Zofia avait été sa collaboratrice aux services de presse des armées dès 1943. Elle se chargea intégralement de l’administration et de la comptabilité. Elle était celle qui veillait à ce que les projets du directeur fussent réalisables et n’hésita jamais à les ramener à des proportions raisonnables. à la villa où tant d’intellectuels polonais, en rupture de ban avec le communisme réel de leur pays, furent reçus pour quelques jours ou pour plusieurs mois, elle était aussi la maîtresse de maison chaleureuse. Son époux, Zygmunt Hertz s’occupa toujours de ce qu’aujourd’hui nous appellerions les relations commerciales de l’entreprise, il géra les abonnements et les envois. Cet homme, d’une grande culture et d’un caractère aimable, fut pourtant d’abord le responsable des relations avec les écrivains. Ainsi, Giedroyc écrira dans son autobiographie : Il faisait office de paratonnerre dans mes contacts avec Miłosz qui n’étaient pas faciles. Il s’occupait de Hłasko, Polański et de bien d’autres (Giedroyc, 1994 : 201). Józef Czapski (1896-1993), était un autre pilier de ce qui devint vite une institution. C’était lui qui, en 1942 avait fait entrer Giedroyc au service de presse des armées. Il a toujours été le négociateur avec les institutions, les éditeurs et les auteurs. Il était celui qui allait solliciter les écrivains (Miłosz, Gombrowicz, Soljenitsyne, Kołakowski et tant d’autres) pour qu’ils confient leurs textes à la revue Kultura. Czapski avec sa sœur Maria (1894-1981), les Hertz ainsi que Jerzy Giedroyc et son frère Henryk (1922-2010) qui le seconda, vécurent à la villa. Constantin Jeleński (1922-1987) était un autre membre important de l’équipe restreinte, à la fois « ministre des Affaires étrangères » représentant Kultura notamment au Congrès pour la Liberté de la Culture, et conseiller littéraire et artistique. Enfin, Juliusz Mieroszewski (1906-1976) qui vécut toujours à Londres, fut celui avec lequel Giedroyc débattit le plus fondamentalement de l’aspect politique de la revue. Kultura lui doit une grande part de sa renommée. Un cercle de collaborateurs plus large venait ensuite. Dans le domaine littéraire, Maria Danilewicz-Zielińska (1907-2003) dirigeait une chronique régulière sur la littérature paraissant en Pologne ; Wojciech Skalmowski [pseud. Maciej Broński] (1933-2008) se chargeait de la littérature en général. Jerzy Stempowski [pseud. Paweł Hostowiec] (1893-1969), était un essayiste hors pairs ; Bohdan Osadczuk (1920) était le spécialiste des questions ukrainiennes ; Leopold Unger (1922) publia régulièrement des chroniques politiques sous le pseudonyme de « Brukselczyk » [le Bruxellois] à partir de 1970. Enfin, un nom est aujourd’hui définitivement associé à l’Institut Littéraire, c’est celui de Gustaw Herling-Grudziński (1919-2000) qui écrivit une première fois dans le numéro romain de la revue puis, après une pause de vingt ans, publia régulièrement dans le mensuel son Journal écrit la nuit. Jerzy Giedroyc coordonnait ce comité de rédaction qui ne se réunissait jamais. Mon travail consistait à aller de l’un à l’autre, confie-t-il, à être l’arbitre de leurs opinions parfois très différentes, parfois impossible à concilier (Giedroyc, 1994 :214). La force de la revue était d’instaurer des débats à distance, mais aussi d’avoir des informateurs, bénévoles et très impliqués, sur ce qui se passait un peu partout dans le monde. Le troisième cercle était celui des auteurs qui étaient, ou allaient devenir, des écrivains de renom et des traducteurs, les uns et les autres vivant un peu partout dans le monde et souvent de sensibilités différentes. Ces intellectuels « déracinés » étaient par nécessité en contact avec d’autres langues que souvent ils connaissaient « d’avant ». Vivre de leur art était difficile pour ces hommes de lettres. Quand, dans leur nouvelle réalité, ils étaient employés de banque ou secrétaire, ils pouvaient se considérer comme étant chanceux.

 

2. Une résonance suivie d’effets

Outre la parution de la revue Kultura, l’équipe de l’Institut Littéraire est à l’origine de la publication de livres, et notamment de traductions du russe et en russe qui, elles, firent trembler l’empire soviétique. L’expression « firent trembler l’empire soviétique » n’a ici rien d’excessif. Un fait de publication à l’Institut Littéraire, celui de traductions sanctionnées ensuite par des années de Goulag pour les auteurs de l’écrit source, en apporte la preuve incontestable. En effet, en 1958, Jerzy Giedroyc demande à un poète polonais vivant en exil, Józef Łobodowski, de traduire du russe en polonais un tapuscrit anonyme, puis un autre et un autre encore. Les livres paraissent sous les pseudonymes d’Abram Terc et de Nikolaj Arżak. Ils sont bientôt repris en anglais, américain, italien, allemand, français et connaissent une résonance mondiale. En septembre 1965, en dépit de l’effort fait pour que le nom des auteurs ne soit pas dévoilé, deux écrivains russes sont arrêtés en URSS, Youri Daniel et Andreï Siniavski, parce qu’ils ont été publiés en France, dans la collection qui s’appelle la « Bibliothèque de Kultura », et que, par cet acte, ils se sont rendus coupables de propagande visant à saper et affaiblir le pouvoir soviétique en diffusant des assertions calomnieuses dénigrant l’Etat et la société soviétique (Féron, 1986). Le verdict qui tombe à leur procès les condamne à cinq ans de camp pour Daniel et six ans de camp pour Siniavski. Une nouvelle phase de la dissidence des intellectuels soviétiques commence lorsque trois cent d’entre eux protestent contre cette condamnation dont la sévérité rappelle celle de l’époque stalinienne. Ainsi, les traductions polonaises publiées en France par l’Institut littéraire ont eu non seulement un écho mondial, mais elles ont également fissuré une société qui jusque-là conservait un caractère monolithique auquel veillait jalousement le pouvoir centralisé au Kremlin.

L’Institut Littéraire, implanté à proximité de Paris, n’investit pas dans les traductions vers le français (Laurent, 2010 : 125-136). Son activité est entièrement tournée vers l’ « Autre » Europe, celle que les vainqueurs de la Deuxième Guerre mondiale abandonnèrent à Staline dès Yalta. Pour Jerzy Giedroyc, il s’agit d’abord et avant tout de s’opposer au décrochage intellectuel de l’Est européen soumis à une pensée unique. La revue Kultura dont 637 numéros paraissent en polonais entre 1947 et 2000, est conçue comme un lieu de dialogue et de foisonnement d’opinions. Certains numéros sont traduits en russe (1981) d’autres en allemand (1984) parce que Giedroyc est un visionnaire qui voit l’avenir en termes de réconciliation des nations meurtries par la guerre. L’influence ainsi exercée, notamment sur les intellectuels russes et sur la création de la revue Continents, a été décrite par Tadeusz Sucharski dans son livre Les Quêtes polonaises d’une Autre Russie. Ainsi y cite-t-il le témoignage de Vladimir Maximov qui écrit :

 

Une fois en Occident, je projetai la publication de Continents ; aussi, comme Alexandre Soljenitsyne le souhaitait, me tournai-je d’emblée vers Jerzy Giedroyc, le rédacteur en chef de Kultura et ses plus proches collaborateurs, Józef Czapski et Gustaw Herling-Grudziński [Sucharski, 2010 : 258]

 

Sucharski parle également de la sympathie et de l’admiration que vouent les dissidents soviétiques à Kultura dont ils ont entendu parler alors qu’ils étaient encore en URSS ; même si peu nombreux étaient les Russes qui ont pu lire les numéros publiés dans leur langue, ou ont eu accès à ceux rédigés en polonais. L’équipe de Kultura accompagnera celle de Continents de 1974 à 1992, mais elle ne commettra pas les erreurs des Russes y compris celle d’un retour prématuré au pays.

 

3. Un souci de totale indépendance

L’Institut Littéraire est très soucieux de son indépendance, seule garante d’une libre circulation des idées et de la possibilité de débats contradictoires. L’exercice est difficile. Financièrement, il exige de véritables prouesses. Józef Czapski l’explique dans les lettres qu’il adresse à Albert Camus et par lesquelles il sollicite de celui-ci l’autorisation de publier d’abord un chapitre de La Peste en traduction polonaise, puis le roman dans son entier, sans payer de droits :

 

Jugeant le travail de cette revue d’une manière tout à fait objective on ne peut nier qu’elle représente aujourd’hui la seule tentative d’édition libre et à un niveau intellectuellement sérieux […] qui essaie de contrebalancer une presse de plus en plus soumise en Pologne. La revue dans laquelle paraîtra ce chapitre joue un rôle assez spécial. Editée par des émigrés, elle veut servir de lien entre les intellectuels du pays et de l’émigration, et veut devenir un centre actif de pensée libre. […] Nous admirons beaucoup votre livre et je sais que justement en Pologne on s’intéresse à lui. Je ne sais si vous êtes informé que Caligula a été monté sur une des scènes de Varsovie par un excellent régisseur et que, au dernier moment, après des discussions politiques sans fin, on a pu le jouer une fois sans permission d’inviter à la représentation qui que ce soit excepté quelques acteurs. La traduction de votre chapitre sera certainement soigneuse et je crois que notre revue représente un courant qui vous est proche à bien des points Nous comptons faire un numéro russe et un numéro allemand. Nous nous y efforcerons à une attitude vraiment humaine et non pas dictée par des buts exclusivement politiques et à courte vue.

 La revue fait des tours de force pour combattre mille difficultés mais nous paraissons de manière absolument systématique chaque mois. Dernièrement notre rédacteur tente une autre formule en ajoutant au numéro un livre et en doublant par suite la revue. Dans notre émigration nous n’avons presque plus la possibilité d’éditer des livres et cela nous donne comme perspective une indigence de plus en plus absolue des milieux émigrés.

 

Czapski annonce ce qui bientôt porte le nom très sobre de « Biblioteka Kultury » [La Bibliothèque de Kultura] et devient la collection de l’Institut Littéraire. Elle publie les plus grands noms de la littérature polonaise du xxe siècle. Parmi ses 550 titres, parus entre 1953 et 2000, elle compte aussi cinquante traductions surtout vers le polonais. Le chiffre est apparemment modeste. Jerzy Giedroyc rêvait d’une série de traductions vers le polonais qui se serait appelée « Biblioteka Przekładów ze Współczesnej Literatury Światowej » [Bibliothèque des traductions de la littérature mondiale contemporaine], mais aussi d’une autre qui, plus spécifiquement, aurait été « Biblioteka Przekładów z Literatury Amerykańskiej » [Bibliothèque des traductions de la littérature américaine] avec une anthologie de poésie américaine et dix ou quinze parmi les meilleurs romans parus Outre-Atlantique. En pleine Guerre froide, l’exilé ne trouve pas de financement pour ces grandes entreprises. Il se contente de La Bibliothèque de Kultura, mais lui donne les moyens d’une résonance considérable. Avec ses collaborateurs, il parvient à contourner les difficultés financières et les obstacles mis à la communication, en mettant en place un maillage très structuré qui s’étend à toute la Pologne et à la diaspora polonaise dispersée de par le monde.

 

4. La pugnacité lors de débuts difficiles

En fait La Peste ne connaît qu’un chapitre publié en polonais dans la revue Kultura d’avril 1948. Il s’agit du second prêche et de la mort du père Paneloux, dont la traduction fut initialement confiée à Maria Czapska, mais qui est finalement signée par l’écrivain Andrzej Bobkowski. L’autorisation accordée par Camus était accompagnée d’une unique demande : Une seule requête, surveillez la traduction [Camus, 1950 : 31.VII]. Le roman de Camus avait soulevé un immense enthousiasme avenue de Passy. Józef Czapski, sous le pseudonyme de Marek Sienny, lui avait consacré un article (Sienny, 1947 :168-171) où il comparait l’auteur à Dostoïevski. Giedroyc voulait publier le livre intégralement, ne serait-ce qu’en deux cents exemplaires qui auraient été envoyés gratuitement en Pologne. Malheureusement, à l’aube des années 50, il n’en a pas encore les moyens financiers, logistiques et … en traducteurs. Il intéresse une traductrice de Varsovie, Joanna Guzy à L’Homme révolté qui vient de paraître (1951). Il la presse de traduire, espère une édition en Pologne par les éditions d’état PIW parce qu’il croit que les événements de 1956 annoncent la fin du cauchemar. Malheureusement, ce n’est pas le cas et il finit par écrire à Gallimard :

Nous avons appris récemment que la censure polonaise a interdit la publication du livre d’Albert Camus, L’Homme révolté, traduit déjà en langue polonaise.

Nous le considérons comme une des œuvres contemporaines le plus remarquable ; elle pourrait être d’une grande importance pour les intellectuels de Pologne. Nous serions donc heureux par suite de pouvoir le publier dans notre collection « Bibliothèque de KULTURA » et nous vous prions de bien vouloir nous céder les droits d’auteur pour ce livre.

Prévoyant un tirage très limité, destiné spécialement pour les lecteurs en Pologne où nous envoyons gracieusement nos livres, par des voies différentes, depuis des années – nous vous serions très reconnaissants de bien vouloir nous accorder ces droits gratuitement.

L’Homme révolté paraît à Maisons-Laffitte en 1958. Au moment où il donne son accord final, sans droits, à la publication polonaise, Albert Camus écrit qu’il le doit bien à Giedroyc qui a tellement contribué à son prix Nobel en faisant connaître son œuvre !

5. La stratégie éditoriale

Chaque édition de traduction est précédée par des articles sur l’ouvrage. Le public est préparé à ce qu’il peut éventuellement lire en langue originale (quand il réside en Occident) et pourra bientôt découvrir en polonais. Il y a en cela une action plurielle. Un débat est suscité. D’une part, il provoque la curiosité des lecteurs ; d’autre part, il informe les Polonais de la diaspora – exilés récents qui souvent manquent de repères dans la société qui les accueille et parfois n’en connaissent pas assez la langue –, sur ce qui peut les intéresser. La démarche joue ainsi pour eux un rôle de familiarisation avec leur nouveau milieu de vie. Enfin et surtout, Kultura apporte aux Polonais restés au pays ce dont la censure marxiste les prive. La parution de l’œuvre en traduction complète le processus sans pour autant le clore car Giedroyc et son équipe déploient une activité phénoménale pour que la presse polonaise remarque le livre dans le monde entier. Ainsi L’Homme révolté présent à partir de l’édition Gallimard et de ses traductions, le fut également, avec intensité et passion, par l’édition polonaise de Maisons-Laffitte diffusée sur les cinq continents. Les archives de Maisons-Laffitte conservent des volumes de recensions collectées.

 

6. Une distribution très ciblée

L’objectif premier de La Bibliothèque de Kultura était d’être diffusée dans la partie de l’Europe privée de la libre circulation des hommes et des idées. Le profit financier n’entrait pas en ligne de compte. Des souscriptions furent lancées, mais pour payer la fabrication, les traducteurs, etc. Les livres étaient envoyés gratuitement en Pologne, de préférence à des personnes ou à des centres qui démultipliaient les lecteurs possibles. Priorité était donnée aux bibliothèques polonaises, aux critiques littéraires et aux intellectuels qui pouvaient servir de relai. Des informations très précieuses sur les récipiendaires de ces envois nous sont fournies par les registres que tenait Henryk Giedroyc. Chaque exemplaire était précieux et donc soigneusement comptabilisé. Le frère du directeur de cette petite maison d’édition, et de ce haut lieu de polonité, inscrivait dans les pages de son classeur combien d’exemplaires avaient été édités, à qui ils avaient été vendus ou remis, quand, et par l’intermédiaire de qui. Ainsi apprenons-nous que deux exemplaires de L’Homme révolté sont parvenus à Jerzy Turowicz (le rédacteur en chef de l’hebdomadaire cracovien d’opposition Tygodnik Powszechny, deux autres au cardinal Wyszyński par l’intermédiaire de Leonor Fini, plus de soixante-dix ont été envoyés gratuitement aux différentes bibliothèques universitaires de Pologne ; et tant d’autres, achetés par des Polonais en Bolivie, Yougoslavie, Italie, Autriche, Australie, au Canada, Vénézuela ou aux Etats Unis, … Nous y lisons aussi qu’en 1953, le roman d’Orwell a un tirage de 1 500 exemplaires qui ne seront épuisés qu’en 1969. Une réédition a lieu en 1979. En 1958, L’Homme révolté est publié à 1 500 exemplaires qui seront épuisés en 1972.

Des chiffres si bas ne soulèveraient l’enthousiasme d’aucun chargé de presse, le convaincrait-on que chaque exemplaire avait été lu et commenté par un intellectuel ayant de l’influence sur le grand public. Mais c’est là qu’il convient de nous attarder sur la stratégie éditoriale déployée.

Rappelons que le Rideau de fer était d’abord une frontière entre l’Ouest et l’Est qui ne laissait passer aucun courrier, encore moins un colis de livres, sans contrôle. De ce fait, outre l’édition « normale » de 1 500 exemplaires, le livre d’Orwell a aussi été édité avec une couverture de piètre qualité, avec un titre en cyrillique (Pour la paix) puis envoyé en Pologne trompant ainsi les douanes. Il a aussi une édition de poche en petit format. Le réseau d’infiltration des exemplaires est clandestin, il est difficile à reconstituer, notamment à l’époque stalinienne tant il était secret.

Enfin, à partir des années 70, les traductions de l’Institut Littéraire furent reprises par les Presses parallèles un peu partout en Pologne ; dix-neuf éditions clandestines de 1984 sont recensées à ce jour (Supruniuk, 1995). Le même processus multiéditorial fut appliqué à toutes les traductions. Au final, il est difficile de savoir à combien se monte l’édition et, encore plus, d’en estimer le nombre des lecteurs.

Pour un centre aussi marqué politiquement que l’Institut Littéraire, le lien avec la Pologne est officiellement impossible, y compris pour les relations avec les traducteurs. Ceux-ci risquent de sérieux ennuis s’ils sont découverts. Après le très relatif dégel de 1956, la traductrice de Camus signale à Giedroyc que le courrier qu’il lui envoie est surveillé. Les lettres ne doivent pas passer par la poste ; aussi Giedroyc indique à la traductrice une adresse à Bruxelles [Janta Połczyńska, 13, avenue Louis Lepoutre Bruxelles Ixelles Belgique] où elle peut lui écrire avec la mention « Pour Jerzy ». L’envoi des honoraires de traduction comme de tout courrier et des livres se fait surtout lors de ce qui est appelé « okazja », une opportunité. Les éditions sur papier bible, en format réduit sont, elles aussi, le plus souvent emportées par des voyageurs qui prennent le risque de graves soucis. De lourdes condamnations pleuvent en cas de découverte. En 1968, un procès fit grand bruit, celui des Taternicy (alpinistes des Tatras) condamnés à trois et quatre ans de prison. Ces cinq jeunes gens avaient créé une filière pour faire passer des livres édités à Maisons-Laffitte en contrebande, par la frontière polono-tchèque.

Et pourtant, pendant plus de trente ans, y compris aux époques les plus répressives, une liaison permanente existe dans les deux sens ! Au 91 de l’avenue de Passy, on collectionne les articles qui paraissent en Pologne pour dénoncer le mal qu’engendre une « certaine littérature ». Giedroyc s’en réjouit dans ses lettres :

 

Dans quelques jours, je vais vous envoyer une coupure de « Nowa Kultura » où un article vitupère contre ceux qui, en Pologne, lisent en secret et avec passion le 1984 d’Orwell et Le Zéro et l'Infini de Koestler, écrit-il à une amie. Comme c’est moi qui ai publié ces livres, je suis très fier de cette consécration officielle de notre travail.

 

7. La difficulté du traduire

Giedroyc considère que les traductions sont un moyen de donner du travail honorable aux écrivains polonais en terre étrangère. Et pourtant, il a du mal à amener ses protégés à cet exercice d’autant qu’il fait appel à des intellectuels aux opinions affirmées. Or, traduire fidèlement un auteur dont on ne partage pas les idées, est un exercice particulier. Les personnalités s’affrontent. Ainsi, Czesław Miłosz refuse de traduire Raymond Aron (L'Opium des intellectuels, 1955). Il finit par se mettre au travail sur ce « mauvais livre » « totalement creux » quand les raisons alimentaires prévalent, mais déplore sa propre tendance à « déchoir dans la gadoue » et cherche à dissuader Giedroyc de publier. Le directeur de Kultura tient bon et réplique qu’il est important de donner aux Polonais restés au pays matière à réfléchir et qu’en cela Aron est un auteur important :

 

La situation politique qui a changé en Pologne comme d’ailleurs dans toute l’Europe, engendre le besoin, du moins pour un temps, de littérature occidentale. Elle nécessite une littérature particulière […] une littérature qui propose des outils pour une lutte intelligente avec le marxisme et le communisme. Malheureusement, nous n’avons pas d’auteurs pour l’écrire. Il nous faut donc passer par les traductions. J’avais le projet d’une « Bibliothèque philosophique et sociale » dans laquelle entreraient des livres comme L’Opium des intellectuels de R. Aron, Les Aventures des dialectiques de Merleau-Ponty, un choix de textes de Simone Weil et Idéologies de Jeanne Hersch. Toutes mes démarches et approches [pour trouver le financement] ont échoué. Ce n’est pas un argument valable pour abandonner et je ne pense pas que l’histoire nous le pardonnerait ou qu’elle tiendrait cela pour un alibi acceptable. Je fais donc une folie et, avec mes seuls moyens, je me lance. Aron va ouvrir le ban, je commence à le [faire] traduire et je l’annonce dans le numéro de janvier.

Un autre combat que livre Giedroyc est celui de la rapidité des traductions. Il veut que ses publications s’inscrivent dans les débats d’actualité. Il est donc contraint de tout faire simultanément : trouver le financement, le traducteur, obtenir les droits et mettre en place le lancement de l’ouvrage. La difficulté de pareille entreprise est très bien illustrée par le 1984 de George Orwell. Giedroyc tient absolument à publier cette dénonciation par excellence du totalitarisme et ce sera la première traduction parue dans la Bibliothèque de Kultura (1953). Dès août 1948, la mère de Constantin Jeleński avait contacté Orwell et l’avait rencontré à la demande du directeur de l’Institut Littéraire. En septembre 1951, Giedroyc s’inquiète toujours : Qu’en est-il des droits, écrit-il à son correspondant londonien. Le livre est presque imprimé, je n’attends plus que les droits. Parallèlement, Giedroyc n’a cessé de presser Juliusz Mieroszewski de traduire au plus vite. Il lui avait accordé deux mois et demi pour ce faire. Le traducteur protestait :

 

Je peux y consacrer quatre heures par jour. 1984 n’est pas un mauvais roman policiers, mais l’un des romans de l’après-guerre qui ont fait le plus de bruit dans le monde et il doit être traduit de façon littéraire […]. Je fais un brouillon, je corrige, lisse, vérifie et ce n’est qu’ensuite que je le mets au propre à la machine. Cela prend beaucoup de temps. Par ailleurs, je voudrais que ce soit écrit dans un polonais vraiment littéraire sans cette lourdeur qu’ont pratiquement toutes les traductions de l’anglais en polonais. Pas juste la construction et la grammaire. La traduction doit avoir une tenue littéraire, être animée par l’esprit de la phrase polonaise.

 

Giedroyc resta impitoyable. Finalement, il fut décidé que Mieroszewski enverrait sa traduction de Londres à Paris au fur et à mesure de l’avancement de celle-ci. Cela permit de publier des extraits dans la revue Kultura pour annoncer la parution du livre et d’avancer sur la préparation éditoriale de celui-ci. Ce travail par fragments a nécessairement eu une répercussion sur l’ensemble. Le traducteur rectifia des erreurs ponctuelles qui lui apparurent  a posteriori (ainsi par exemple écrit-il dans une lettre : page 26, la petite sœur a 7 ans et non 2), mais il serait intéressant de vérifier ce qu’il en est de la dimension stylistique de l’ensemble. Il est difficile d’imaginer qu’un travail séquencé et effectué dans un temps aussi bref n’ait pas affecté la qualité littéraire de la traduction. Il est indéniable que pour Jerzy Giedroyc, le message dont 1984 est porteur passait avant une réflexion sur le style.

 

Publier des livres n’est pas mon métier, mais une forme de mon action politique, écrivait-il. Je m’efforce de concilier le besoin qui se fait sentir d’un livre et le financement nécessaire pour lui donner vie.

 

Il n’est pas rare qu’il hausse le ton dans son courrier au traducteur quand il trouve que le travail tarde :

Vous avez honteusement dépassé toutes les dates possibles. Pour moi, c’est une tragédie parce que toute mon offensive politique était prête et là, j’ai un trou et en plus l’impossibilité de récupérer les frais engagés.

 

Giedroyc veille à payer tous les honoraires en sus des frais d’imprimerie. Tandis qu’il négocie les droits d’auteur, surveille l’avancement de la traduction, publie des extraits dans la revue Kultura, il commande aussi des recensions qui paraîtront dans la presse polonaise partout dans le monde. Et là encore, il rétribue les auteurs. La gestion de l’Institut Littéraire mériterait une étude qui serait certainement intéressante. Les lecteurs du « monde libre » étaient seuls à financer toute l’entreprise menée par la petite équipe. Ne l’oublions pas, un nombre considérable d’ouvrages était envoyé gratuitement en Pologne. La situation financière devint plus facile à partir de 1959. L’équipe de Maisons-Laffitte souhaite alors faire traduire en polonais le Docteur Jivago. Pour pouvoir le faire, elle lance une pré-vente qui devient un grand succès et 15 000 exemplaires sont vendus ! Par la suite la cession des droits des écrits de Siniavski et Daniel comme les ventes de Soljénitsyne, sortent définitivement la maison d’édition des soucis matériels. Elles permettent aussi à l’Institut Littéraire de soutenir les éditions clandestines qui naîssent en Pologne dans les années 70 (Supruniuk, 1995 : 36-50).

 

8. L’importance de la critique

Le lancement de tout nouveau livre traduit est également préparé avec un grand soin. Des extraits paraissent dans le mensuel Kultura avant l’édition de l’ouvrage. Il n’est pas rare qu’il y ait aussi une première recension par quelqu’un qui a déjà pu lire le texte en version originale. Ainsi par exemple, la parution du Docteur Jivago est annoncée dans un mensuel catholique polonais de Londres. Un certain S. Łochtin insiste sur le fait que lire un roman dans sa langue natale est tellement mieux que dans les langues étrangères avant d’ajouter :

Si Czesław Miłosz se charge de la traduction directement du russe, nous recevrons un livre beaucoup plus beau que la traduction anglaise privée d’âme dont tout le monde s’extasie actuellement.

 

Ce ne sera pas Miłosz qui traduira Pasternak, mais le livre n’en connaîtra pas moins un grand succès en polonais.

L’équipe de Maisons-Laffitte sollicite des auteurs dans tous les pays du monde où il y a une diaspora et une presse polonaise pour qu’ils publient une recension dès la parution. L’étude de ces articles est très instructive..

D’une part, elle montre clairement à quel point l’engagement intellectuel de Jerzy Giedroyc se situait au-dessus des problèmes restreints et immédiats. Il avait un projet à long terme et une incroyable conscience du besoin qu’il y avait d’œuvrer pour mobiliser les consciences de ses compatriotes déstabilisés par les événements. Les choix des titres qu’il publiait étaient loin de faire l’unanimité, mais ils faisaient débat. Or, c’était cela qui lui importait : sortir les gens de la torpeur tant celle consécutive des traumatismes subis que celle induite par la propagande de la pensée unique marxiste. Le directeur de Kultura était aussi extrêmement courageux. Faire traduire un livre de philosophie comme L’Homme révolté était certainement un risque financier, il s’agit d’une lecture plutôt difficile. Or, ne l’oublions pas, les Polonais en exil connaissaient des conditions de vie souvent précaires où un travail alimentaire ne leur laissait pas beaucoup de loisirs. Quant aux intellectuels de la République Populaire de Pologne, ils ne contribuaient pas au financement.

D’autre part, les réactions à l’édition polonaise de Camus témoignent de l’état d’esprit des lecteurs. On y perçoit la proximité temporelle des traumatismes de la Deuxième Guerre mondiale et surtout de ce qui suivit, des souffrances vives toujours ressenties. Ainsi, en Allemagne, le rédacteur en chef d’un journal polonais accuse Camus de commettre un « crime à la logique » et de « caresser la barbe de Marx dans le sens du poil ». Il poursuit en écrivant :

 

Albert Camus est plutôt un homme de compromis. Un homme prudent en tout cas : il accuse très sévèrement le nazisme, mais traite le communisme avec prudence. Le malheur des intellectuels est de manquer de courage, et c’est particulièrement vrai pour les intellectuels français. Ils souffrent d’un manque de posture insurrectionnelle face au plus grand malheur de notre temps, à la plus dangereuse des tyrannies, au plus dur des jougs du totalitarisme le plus totalitaire qu’est le communisme. […] Camus ne parle presque pas de la Pologne qui est la victime du crime conjoint des nazis et des communistes. Ce livre associe une certaine fantaisie poétique avec une tentative particulièrement ratée d’objectivité historique à une philosophie opaque.

 

En revanche, à Toronto, l’approche est très différente :

 

Albert Camus est un homme que le combat a formé et il est resté un combattant. Un combattant et un défenseur de l’humanisme, de la liberté de l’homme. Camus démontre que de nombreuses idéologies se prévalant d’apporter la liberté finissent par engendrer de nouvelles formes d’aliénation. Un crime reste un crime quelles que fussent les raisons pour lesquelles il a été perpétré.

En Angleterre, un journaliste polonais incite à la circonspection :

 

Il convient de lire ce livre avec prudence, un esprit moins formé pourrait en être plus perturbé qu’y trouver du profit.

 

L’étude des articles sur 1984 montre plus encore la lecture particulière que font les exilés polonais du livre d’Orwell qu’ils situent très étroitement dans le contexte polonais de l’après-guerre.

 

Jerzy Giedroyc reste imperturbable dans son projet éditorial à long terme. Il n’hésite pas à prendre le risque de perdre des lecteurs et même des financements pour publier des livres qui méritent que l’on réfléchisse à leur contenu. Les articles qui lui procurent indéniablement le plus de satisfaction sont ceux publiés dans la presse contrôlée par le Comité central du POUP. Ils vilipendent le travail éditorial de l’Institut Littéraire et, ce faisant attestent de son caractère dérangeant pour le système totalitaire en place en Pologne. Ils sont aussi la meilleure des publicités pour un public polonais avide de lectures autres que celles autorisées par la censure..

 

8. Une démarche éditoriale structurée

Le programme des traductions est fermement défini dans la continuité d’une démarche éditoriale. Tandis qu’il publie George Orwell (1953), Giedroyc annonce que ce livre prépare les lecteurs à comprendre La Pensée captive de Czesław Miłosz. Dans le même temps, il écrit à John Burnham :

 

Votre livre, celui de Miłosz et celui d’Orwell seront une véritable charge de dynamite pour les intellectuels polonais. Je pense ne pas exagérer en appelant cela l’acte de propagande le plus important de ces dernières années. 

 

Cette offensive politique cherche à analyser les systèmes en place dans les pays soumis au communisme réel pour pouvoir les contrer efficacement. Au cours d’une première étape, l’Institut Littéraire publie des écrits de fiction ou des témoignages, notamment d’anciens communistes. Les auteurs sont français, anglais ou américains. Ensuite, les auteurs russes dominent entre 1959 et 1978. à partir des années 80, les auteurs polonais prennent le relai et la Bibliothèque de Kultura ne publie que trois livres traduits au cours de ses vingt dernières années d’existence comme en témoigne le tableau complet des traductions :

 

9. La Bibliothèque de Kultura

L’Institut littéraire publie 550 volumes dans sa collection « Biblioteka Kultury » (La Bibliothèque de Kultura) dont 50 traductions vers le polonais. Elles sont effectuées de la langue source (allemand, anglais, hongrois, italien, français, russe). En voici un tableau récapitulatif.

Date de

parution

à Kultura

Nom de l’auteur

Titre polonais

et rééditions

 

Traducteur

vers le polonais (et langue source)

Titre français en it. si publié ou titre texte source et date première édition

1953

 

George Orwell

1984.

(2e éd. 1979/3e éd.1984)

Juliusz Mieroszewski

(anglais)

1984, 1948.

 

James Burnham

Bierny opór czy wyzwolenie?

Jan Ulatowski

(anglais)

Containment or Liberation? 1952.

1956

 

Raymond Aron

Koniec wieku ideologii

Czesław Miłosz (français)

 L'Opium des intellectuels, 1955.

 

Graham Greene

Moc i chwała

Bolesław Taborski (anglais)

La Puissance et la Gloire, The Power and the Glory, 1941. 

1957

 

Jeanne Hersch

Polityka i rzeczywistość

Czesław Miłosz (français)

Idéologies et réalité, 1956.

 

Daniel Bell

Praca i jej gorycze. (Kult wydajności w Ameryce)

Czesław Miłosz /Juliusz Mieroszewski (anglais)

Le travail et son amertume (culte de la rentabilité aux USA)Works and its discontents

1958

 

Milovan Dżilas

Nowa klasa wyzyskiwaczy. (Analiza systemu komunistycznego)

Juliusz Mieroszewski

(anglais)

The New Class: An Analysis of the Communist System, 1957.

 

Howard Fast

Król jest nagi

Juliusz Mieroszewski

(anglais)

The Naked God: The Writer and the Communist Party, 1957.

 

Simone Weil

Wybór pism

Czesław Miłosz (français)

Textes choisis

 

Albert Camus

Człowiek zbuntowany

Joanna Guze (français)

L’Homme révolté, 1951.

 

James Burnham

Rewolucja manadżerska

Jerzy Horzelski

(anglais)

The Managerial Revolution, 1941

1959

 

Program Związku Komunistów Jugosławii. Kytyka komunista

 

Programme de l’association des communistes yougoslaves

 

 

Kultura masowa

Czesław Miłosz (anglais)

La culture de masse (recueil de textes)

 

 

Borys Pasternak

(Boris Pasternak)

Doktor Żiwago + Wiersze +Stenogram Ogólnego Zebranie Pisarzy Moskiewskich (2 vol)

Paweł Hostowiec [pseud. de Jerzy Stempowski] et

Józef Łobodowski (russe)

Deux éditions en 1959

Puis rééd. en 1967 à 

15 000 exemplaires 

 

Le Docteur Jivago,1957+ poèmes + sténogramme de l’association des écrivains de Moscou.

[1ère éd. En URSS: 1988]

 

Abram Terc (Abram Terz) [pseudo. deAndreï Donatovitch Siniavski]

Sąd idzie. Co to jest realizm socjalistyczny?

Józef Łobodowski

(russe)

Messieurs, la Cour, 1956

 

Tibor Déry

Niki.

Traducteur vivant en Pologne (hongrois)

 

Niki, l'histoire d'un chien, (1e éd. Française en 2010)

1960

 

Aldous Huxley

Nowy wspaniały świat poprawiony

Jerzy Horzelski

(anglais)

Le Meilleur des mondes (Brave New World, 1931)

1961

Abram Terc (Abram Terz) [pseudo. deAndreï Donatovitch Siniavski]

Opowieści fantastyczne

Józef Łobodowski (les 4 premiers récits) et Stefan Bergholz [pseudo. D’Alexander Wat] pour le 5e

 (russe) . 

 

Récits fantastiques

 

 I. Iwanow [i.e. A. Remizow]

Czy istnieje życie na Marsie?

Józef Łobodowski (russe)

Y a-t-il une vie sur mars

1962

 

Milovan Dżilas

Rozmowy ze Stalinem

Adam Ciołkosz (anglais)

Entretiens avec Staline

1963

Abram Terc (Abram Terz) [pseudo. deAndreï Donatovitch Siniavski]

Lubimow.

Józef Łobodowski(russe)

Lioubimov (en fr.1963)

 

 

We własnych oczach Antologia współczesnej literatury sowieckiej

Józef Łobodowski, Kazimierz Okulicz et Zdzisław Miłoszewski (russe)

Anthologie de poésie soviétique contemporaine

1964

Walter G. Krywicki

Byłem agentem Stalina

Kazimierz Okulicz (russe)

J’étais un agent de Staline

 

Ignazio Silone

Wybór towarzyszy

Zofia Kozarynowa (italien)

Le choix des camarades

1965

Abram Terc (Abram Terz) [pseudo. deAndreï Donatovitch Siniavski]

Myśli niespodziewane

Józef Łobodowski (russe)

Pensées inattendues

 

Borys Lewickyj

Terror i rewolucja

Alfred Palicki (allemand)

Terreur et révolution

 

 Mikołaj Arżak [i.e. Julij Daniel]

Odkupienie i inne opowiadania.
 

Józef Łobodowski et Leon Furatyk(russe)

Le Rachat et autres récits

 

Arthur Koestler

Fragmenty wspomnień

Jerzy Horzelski (anglais)

Fragments de souvenirs Arrow in the blue. The invisible writing

1966

 

Michel Garder

Agonia reżymu w ZSSR

Zofia Hertz

(français)

L’agonie du régime en Russie soviétique 1965.

 

Abram Terc (Abram Terz) [pseudo. deAndreï Donatovitch Siniavski]

Sąd idzie! Stenogram z procesu Andrieja Siniawskiego i Julija Daniela

2e édition avec en plus le Sténogramme

Józef Łobodowski (russe)

Messieurs, la CourLe sténogramme du procès de Siniavski et Daniel

 

Borys Lewickyj

Polityka narodowościowa ZSSR

Mieczysław Zarzycki (allemand)

La politique nationaliste de l’URSS/

Vom roten Terror zur sozialistischen Gesetzlichkeit, 1965.

 

Mihajlov Mihajlo

Tematy rosyjskie

(serbo-croate)

Sujets et thèmes russes

 

Galina Sieriebriakowa(Serebriakova, Galina Iosifovna)

 

Huragan.

Józef Łobodowski

(russe)

Houragan

 

Swietlana Allilujewa

(Svetlana Iosifovna Aliloueva)

Dwadzieścia listów do przyjaciela

L.Perzanowski (russe)

 

Vingt lettres à un ami

 

Aleksander Weissberg-Cybulski

Wielka czystka

Adam Ciołkosz (allemand)

La grande purge

 

Andriej Sacharow

(Andreï Dmitrievitch Sakharov)

Rozmyślania o postępie, pokojowym współistnieniu i wolności intelektualnej.

Józef Łobodowski

(russe)

Réflexion sur le progrès, la coexistence pacifique et la liberté intellectuelle.

1968

Eugenio Reale

Raporty (Polska 1945-1946).

 Paweł Zdziechowski (italien)

Rapport de Pologne (1945-1946)

1970

Aleksander Sołżenicyn

(Alexandre Soljenitsyne)

Krąg pierwszy. T. I-II.

Michał Kaniowski (pseudo. de Jerzy Pomianowski)

Le Premier cercle,1968

 

Andriej Amalrik

(Andreï Alexievitch Amalrik)

Czy Związek Sowiecki przetrwa do roku 1984?

  1. Z.

(russe)

L'Union soviétique survivra-t-elle en 1984 ?1970

 

 

Głosy stamtąd.ZSSR i PRL

(russe)

Des voix de là-bas : URSS et RPP

 

Aleksander Sołżenicyn

(Alexandre Soljenitsyne)

Oddział chorych na raka.

2e éd. 1973

Michał Kaniowski (pseudo. de Jerzy Pomianowski)

Le Pavillon des cancéreux,

1968.

1972

 

Aleksander Sołżenicyn

(Alexandre Soljenitsyne)

Krąg pierwszy. T. I-II.

Michał Kaniowski (pseudo. de Jerzy Pomianowski)

Le Premier cercle.

1974

 

Aleksander Sołżenicyn

(Alexandre Soljenitsyne)

Archipelag GUŁag. 1918-1956. Próba analizy literackiejI-II.

2e éd. 1975, 3e éd. 1978

Michał Kaniowski [pseudo. de Jerzy Pomianowski] (russe)

L’Archipel du Goulag, 1973.

 

Powszechna deklaracja praw człowieka

Traduit vers le polonais, le biélorusse, le tchèque, le lituanien, le russe, le slovaque et l’ukrainien

Déclaration des Droits de l’Homme/ONU 1948

 

Michał Heller/Mikhaïl Iacovlevitch Heller/ pseudo. utilisé:Adam Kruczek

Świat obozów koncentracyjnych a literatura sowiecka 

Michał Kaniowski [pseud. de Jerzy Pomianowski] (russe)

Le Monde concentrationnaire et la littérature soviétique, 1974.

1975

Andriej Sacharow

(Andreï Dmitrievitch Sakharov)

Mój kraj i świat

Michał Kaniowski [pseud. de Jerzy Pomianowski] (russe)

Mon pays et le monde.

1983

 

Arthur Koestler

Ciemność w południe

Tymon Terlecki (anglais)

 Le Zéro et l'Infini(Darkness at noon, 1940)

1987

 

Daniel Beauvois

Polacy na Ukrainie, 1831 - 1863. Szlachta polska na Wołyniu, Podolu i Kijowszczyźnie

Ewa et Krzysztof Rutkowski

 Le noble, le serf et le revizorLa noblesse polonaise entre le tsarisme et les masses ukrainiennes,1985.

 

Michał Heller/Mikhaïl Iacovlevitch Heller/ pseudo. utilisé:Adam Kruczek

Maszyna i śrubki. Jak hartował się człowiek sowiecki 

 

La Machine et les rouages, 1985.

1990

 

Zbigniew Brzeziński

Wielkie bankructwo. Narodziny i śmierć komunizmu w XX wieku.

Krystyna Tarnowska et Andrzej Konarek (anglais)

The Birth and Death of Communism in the Twentieth Century, 1989

En conclusion, nous remarquerons que certains des titres de la première période, ceux des témoignages, nous apparaissent désormais comme des ouvrages d’intérêt très secondaire. Ils étaient importants en leur temps. En revanche, l’Institut Littéraire, avec les faibles moyens dont il disposait, est l’éditeur polonais d’une majorité de textes à valeur universelle exceptionnelle. Les archives de Maisons-Laffitte sont une mine pour les historiens de la littérature. Très bien tenues et actuellement modernisées par l’équipe de Monsieur Wojciech Sikora, elles permettront des investigations approfondies y compris sous un angle sociologique ou historique. Pour les spécialistes de traductologie, un grand nombre de champs sont à défricher. L’un d’entre eux est l’étude du résultat textuel de ces traductions faites dans des conditions spécifiques où la difficulté de communication entre l’éditeur et le traducteur était considérable. L’avantage pour le chercheur est que la présence des échanges épistolaires apporte un nombre considérable d’informations. Ces traductions ont duré et pour certaines restent toujours des versions dites canoniques. Elles ont eu une résonance majeure en Pologne, dans la diaspora polonaise des cinq continents, mais aussi auprès des intellectuels russes, ukrainiens, lituaniens et ceux d’autres pays satellites de l’URSS. De surcroît, les traductions polonaises des écrits russes ont également servi de passerelle vers le français, l’anglais, l’allemand ou l’espagnol d’écrits fondamentaux comme ceux des dissidents de l’empire soviétique.

 

Maryla LAURENT

Université de Lille SHS

Laboratoire CECILLE [EA 4070]

marylalaurent@gmail.com

 

bibliographie

Camus, A. 1967, La Peste, Paris, Gallimard/Livre de poche.

Camus, A. 1948, ”Kazanie i śmierć Ojca Paneloux” [Prône et mort du Père Paneloux], Kultura n°4, pp. 63-74.

Chruślińska I. 1994, Była raz Kultura... Rozmowy z Zofią Hertz [Il était une fois Kultura... Entretiens avec Zofia Hertz], Varsovie, Éditions MOST, préface de Czesław Miłosz.

Danilewicz-Zielińska, M. 1975, Bibliografia [Bibliographie de l’Institut Littéraire]. „Kultura” (1958-1973).”Zeszyty historyczne (1962-1973). Działalność wydawnicza (1959-1973), Maisons-Laffitte, Institut Littéraire.

Danilewicz Zielińska, M. 1981, Bibliografia [Bibliographie de l’Institut Littéraire]. „Kultura” (1974-1980).”Zeszyty historyczne (1974-1980) Działalność wydawnicza (1974-1980), Maisons-Laffitte, Institut Littéraire.

Danilewicz Zielińska, M. 1989, Bibliografia [Bibliographie de l’Institut Littéraire]. „Kultura” (1981-1987).”Zeszyty historyczne” (1981-1987). Działalność wydawnicza (1981-1987), Maisons-Laffitte, Institut Littéraire.

Danilewicz Zielińska M. 1999, Szkice o literaturze emigracyjnej 1939-1989 [Profils de la littérature polonaise en émigration], Wrocław, Éditions Ossolineum.

 

Feron, B., mars 1986 :

http://www.cartage.org.lb/fr/themes/Geohis/Histoire/chroniques/pardate/Chr/660210a.HTM, consulté le 1ermars 2012.

Giedroyc, J. 1994, Autobiografia na cztery ręce [Autobiographie à quatre mains], sous la rédaction de Krzysztof Pomian, Varsovie, Éditions Czytelnik.

 

Laurent, M. 2010,”Literatura polska we Francji, czyli co tłumaczono na francuski w drugiej połowie XX wieku” [La littérature polonaise en France ou ce que l’on en traduisait en français dans la seconde moitié du XXe siècle] [in :] Romuald Cudak, Literatura polska w świecie Obecności. Vol.3, Katowice, wydawnictwo GNOME.

 

Laurent, M. 2011 « La revue et le cercle de Kultura, autour de Jerzy Giedroyc » [in :] Janine Ponty, Polonia. Des Polonais en France de 1830 à nos jours, Paris, CNHI-Montag.

Ptasińska-Wójcik, M. 2006, Z dziejów biblioteki kultury 1946-1966 [L’histoire de la Bibliothèque de Kultura 1946-1966], Varsovie, Éditions IPN.

Sienny, M. (pseud. de Czapski, J.) 1947, ”La Peste”, Kultura n°11, pp.168-171.

Sucharski, T. 2010 Polskie poszukiwania „innej” Rosji [Les Quêtes polonaises d’une autre Russie], Gdańsk, Słowo Obraz Terytoria.

Supruniuk, M. 1995, Kultura-Materiały źródłowe do dziejów Instytutu Literackiego w Paryżu [Kultura. Sources pour l’histoire de l’Institut Littéraire], Paris, Éditions Towarzystwo Opieki nad Archiwum Instytutu Literackiego w Paryżu/Oficyna wydawnicza Pomost.

1988, Kultura i jej krąg 1946-1986, Katalog wystawy Czterdziestolecia Instytutu Literackiego[Kultura et son cercle, 1946-1986. Catalogue de l’exposition du 40e anniversaire de l’Institut Littéraire], Paris, Édition de la Bibliothèque Polonaise de Paris, Les Amis de Kultura.

1990, Zostało tylko słowo..., Wybór tekstów o „Kulturze paryskiej” i jej twórcach [N’est restée que la parole... Choix de textes sur Kultura de Paris et ceux qui la créèrent], Lublin, Éditions FIS.

 

 

Autor: Maryla Laurent