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Portret wykonany podczas Kongresu Kultury. / Sygn. FIL03428
FOT. CHARLOTTE WILLOTT

Collège de l’Europe libre (Kolegium Wolnej Europy)

le projet de Jerzy Giedroyc pour une université destinée aux jeunes réfugiés anticommunistes

VERONIKA DURIN-HORNYIK


Dès 1945, Jerzy Giedroyc projeta de fonder une université pour les jeunes Polonais dans l’Europe libérée, en réponse au passage de la Pologne sous influence soviétique. Ce projet lui importait autant que la création d’une maison d’édition et d’une revue politique et littéraire. Avec le début des tensions Est‑Ouest, l’idée évolua rapidement vers une institution académique destinée à tous les « jeunes évadés de l’Est » fuyant l’installation du communisme en Europe centrale et orientale. Elle fut présentée par Józef Czapski, en présence de Giedroyc et à l’invitation de l’intellectuel américain James Burnham, lors de la première réunion d’une vaste manifestation culturelle appelée Congrès pour la liberté de la culture (Congress for Cultural Freedom, CCF), qui se tint à Berlin‑Ouest en juin 1950. Un an plus tard, l’université fut finalement créée à New York sous le nom de Free Europe University in Exile, puis installée à Strasbourg en tant que Collège de l’Europe libre, toutes deux placées sous l’égide d’une organisation américaine, le National Committee for a Free Europe (NCFE).

Giedroyc et Czapski souhaitaient créer « un centre dynamique, vraiment antisoviétique et pas seulement culturel », ouvert aux réfugiés russophones comme à ceux franchissant le rideau de fer. Pourtant, le Collège de l’Europe libre — qui accueillit environ un millier d’étudiants réfugiés au cours de son existence — ne répondit pas à leurs attentes. À la demande des autorités françaises, seuls des réfugiés déjà installés en Occident purent y être admis, et les deux initiateurs polonais furent rapidement écartés de l’institution par le NCFE, au grand regret de Burnham. En 1958, le Collège ferma soudainement ses portes et sombra ensuite dans l’oubli.

Hormis quelques articles publiés dans Kultura et quelques coupures de presse dans les années 1950, le Collège de l’Europe libre resta largement méconnu jusqu’aux années 2000, lorsque les premières recherches scientifiques furent entreprises. Les premiers travaux se concentraient sur l’engagement de Kultura dans le CCF par l’entremise de Burnham, ardent défenseur du projet universitaire et ami durable de l’Institut Littéraire. Or, la longue invisibilité du Collège de l’Europe libre s’explique en partie par le secret entourant les activités du NCFE — notamment Radio Free Europe (Radio Wolna Europa) —, une organisation anticommuniste engagée dans la guerre froide afin de faire tomber les régimes communistes derrière le rideau de fer et officieusement liée à la Central Intelligence Agency (CIA).

L’ouverture des archives américaines au début des années 2000, complétée par les fonds de Kultura, a permis de reconstituer l’histoire du Collège de l’Europe libre et de mesurer l’importance que ce projet revêtait initialement pour Giedroyc. Il s’agit de la seule initiative du NCFE qui ne figurait pas dans son programme politique initial de 1949. On peut donc affirmer que sans Giedroyc, le Collège de l’Europe libre n’aurait probablement jamais vu le jour. Une vidéo d’archives enregistrée avec Giedroyc à la fin de sa vie montre d’ailleurs clairement le regret qu’il éprouvait à l’égard de ce projet qui lui tenait tant à cœur :

https://kulturaparyska.com/pl/collection/media/show/kongres-wolnosci-kultury

Veronika Durin-Hornyik

 

Bibliographie (anglais, français, polonais) :

Durin-Hornyik, Veronika, « Kultura and its Forgotten University in Exile », The Exile History Review, vol. 2, 2023, p. 165‑187. https://doi.org/10.31743/ehr.16815

Durin-Hornyik, Veronika, « Kultura séduit l’élite américaine (1948–1958) », dans Penser la démocratie et agir en exil : Les leçons de Jerzy Giedroyc et de Kultura, 1947–2000, éd. Anna Bernhardt, Anna Ciesielska-Ribard et Iwona H. Pugacewicz, Paris : Association Institut Littéraire Kultura / Centre de civilisation polonaise, Sorbonne Université, 2023, p. 305‑336. https://kulturaparyska.com/pl/library/show/106463

Durin-Hornyik, Veronika, « Le Collège de l’Europe libre et la préparation de la construction démocratique de l’Europe de l’Est, 1948‑1958 », Relations internationales, vol. 4, no 180, 2019, p. 13‑25. https://shs.cairn.info/revue-relations-internationales-2019-4-page-13?lang=fr

Supruniuk, Mirosław A., « Les Polonais au Collège de l’Europe libre de Strasbourg », dans Les exilés polonais en France et la réorganisation pacifique de l’Europe (1940‑1989), Frankfurt am Main : Peter Lang, 2017, p. 215‑236.

Kowalczyk, Andrzej S., Wena do polityki. O Giedroyciu i Mieroszewskim, Varsovie : Więź, 2015.

Scott Smith, Giles, « The Free Europe University in Strasbourg : U.S. State‑Private Networks and Academic “Rollback” », Journal of Cold War Studies, vol. 16, no 2, 2014, p. 77‑107. https://doi.org/10.1162/JCWS_a_00452

Durin-Hornyik, Veronika, « The Free Europe University in Exile, Inc. and the Collège de l’Europe libre (1951–1958) », dans The Inauguration of “Organized Political Warfare” : The Cold War Organizations Sponsored by the National Committee for a Free Europe / Free Europe Committee, éd. Katalin Kádár Lynn, Saint Helena : Helena History Press, 2013, p. 440‑451.

Supruniuk, Mirosław A., Przyjaciele Wolności : Kongres Wolności Kultury i Polacy, Varsovie : DIG, 2008.

Grémion, Pierre, Intelligence de l’anticommunisme : Le Congrès pour la liberté de la culture à Paris (1950–1975), Paris : Fayard, 1995

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